En Angleterre comme en France, les jeunes refusent de payer la crise !

Depuis plusieurs semaines, les étudiants anglais sont entrés en lutte contre un projet d’augmentation des frais d’inscription à l’université. C’est une des mesures contenues dans le plan de super-austérité de David Cameron, qui veut notamment obliger les chômeurs à travailler gratuitement pour toucher leurs aides sociales, ou tailler dans les aides au logement pour les familles pauvres. Ce retour à une politique de classe aussi brutale que sous l’ère Thatcher a conduit à la colère sociale, provoquant même l’indignation de l’église Anglicane.

Déjà en 2007, une réforme menée par les travaillistes avait porté les frais d’inscription (appelés tuition fees en Angleterre) à près de 7000 livres (soit environ 8 200 euros) pour s’inscrire en Bachelor, l’équivalent de la Licence. Ce nouveau projet prévoit d’augmenter les frais d’inscription à la fac à 9 000 livres, soit 10 563 euros ; cela conduirait la majorité des étudiants anglais à arrêter leurs études ou à s’endetter pour toute leur vie, et ferait des universités anglaises des bastions de fils de riches!  Mais la réaction des étudiants anglais a été à la hauteur de l’indignation que ce projet doit inspirer : près de 40 000 personnes ont défilé le 10 novembre dernier dans les rues de Londres, donnant lieu à la manifestation de jeunes la plus massive depuis quarante ans au Royaume-Uni, et qui s’est conclue par l’occupation du siège du Parti Conservateur pendant plusieurs heures avant une violente évacuation par la police. Dans les manifs anglaises, on chante en français « Tous ensemble, tous ensemble! », et les références aux mouvements étudiants de France et de Grèce de ces dernières années sont présentes dans de nombreux esprits.

Ce mouvement des étudiants anglais doit nous interpeller à plus d’un titre, nous qui luttons en France contre la casse du service public d’éducation.

Tout d’abord, on doit noter que c’est un mouvement inédit ;  en Angleterre, il n’y a aucune tradition syndicale étudiante. Les derniers mouvements étudiants anglais massifs ne portaient pas sur le droit à l’éducation ou sur la défense des conditions d’études, mais sur des questions de solidarité internationale, avec notamment des occupations d’universités contre la guerre en Irak ou l’agression israélienne contre la Bande de Gaza en 2009.

Ensuite, il met fin à l’état de grâce dont bénéficiaient les conservateurs depuis leur arrivée au pouvoir, puisqu’après les étudiants, les syndicats britanniques envisagent d’appeler à une date de mobilisation avant Noël.

Enfin, il nous prouve que la réaction des classes dominantes vise partout à sauvegarder un régime à bout de souffle, en faisant payer les plus pauvres. Le plan de rigueur devrait permettre d’économiser 3,2 milliards, alors que le PIB britannique est de 2200 milliards ; le tabou d’une autre répartition des richesses est impossible à lever pour les gouvernements, sauf à remettre en question l’essence même de ce système.

Mais ce mouvement nous prouve aussi que si les attaques sont les mêmes dans toute l’Europe, la colère des jeunes et des salariés est la même aussi. De la même manière, en Belgique, plusieurs centaines de jeunes se sont rassemblés contre le séparatisme et pour de meilleures conditions de vie et d’études.

Nous leur disons : ça suffit! Nulle part en Europe, nous ne paierons votre crise !

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